La goutte & la flaque

Ecrit rédigé au cours d’un atelier d’écriture, avec comme contraintes les segments de phrases indiqués en italique dans le texte, et le thème : lettre d’amour entre deux personnes, objets ou concepts inattendus.

Ici, une goutte d’eau s’adresse à une flaque.

Rebond d’une goutte sur une flaque.

Toi je t’aimais. J’aimais tes bords irréguliers, et le reflet bleuté du ciel sur ta surface. Attirée par ta présence discrète, malicieuse et passagère, j’étais fascinée par la vie qui commençait déjà à grouiller dans tes profondeurs.

Après, j’ai tout aimé. La manière dont, quand je suis tombée dans tes bras, tu m’as tout de suite enrobée. Puis le lâcher prise que j’ai ressenti quand, en un petit clapotis, nous n’avons fait plus qu’un. J’ai aimé comment tu m’as fait oublier ma solitude passée, m’autorisant à faire un peu partie de toi. Je me souviens de ta fébrilité, de tes moments de doute sur ta propre existence. J’aimais alors te rassurer et t’aider à ne pas trop déborder, te promettant d’être toujours là pour toi.

Et puis, j’ai détesté, lorsque tu refusais de repousser les autres comme moi. Les jours de pluie, je me sentais envahie. Elles étaient toutes aussi belles, rondes, fraîches, et toi tu leur ouvrais grands tes bras.

Toutes ces heures interminables où tu stagnais, où tu m’ignorais, lourde et épaisse comme une tâche d’encre. Tu semblais figée. Alors, les joues humides, je me laissais glisser dans tes bas-fonds obscurs.

Et puis ce jour, où tu as sombré, où tu t’es vidée de vie, complètement desséchée, sans un dernier regard pour celle qui t’avait habitée.

Aujourd’hui, quand j’y pense, je me dis que ton dépérissement m’a fait renaître. L’avenir à tes côtés n’aurait pu être que stagnant et obscur. Je me sens libérée, plus forte. J’ai repris de la hauteur. Je peux maintenant retomber en paix.

Ploc !


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